Le manque de confiance en soi

 

Le manque chronique de confiance en soi est une des constantes chez les enfants précoces et les adultes surdoués. Bon nombre d’entre eux se sentent peu capables de réussir ou, s’ils réussissent, gardent malgré tout la peur de l’échec. Certains n’osent pas s’affirmer, sont timides et influençables. D’autres cachent leur manque d’assurance en cherchant à être premiers. Ils se lancent des défis, veulent décrocher tous les titres, dans une recherche effrénée de réussite, afin de se rassurer sur leurs capacités. D’autres encore recherchent la reconnaissance en se montrant altruistes et indispensables, de peur qu’on les oublie ou les néglige. En se plaçant dans une position centrale ou dominante, ils se donnent de l’importance et attirent tous les regards dont ils ont besoin pour se sentir une quelconque valeur personnelle. Le manque de confiance en soi prend des formes différentes jusqu’à se cacher derrière une assurance de façade. On dit fréquemment que les surdoués pratiquent l’autodérision : ils préfèrent se critiquer ouvertement plutôt que d'attendre que les autres le fassent.

 

Pourquoi ce manque d'assurance ?

 

L’enfant surdoué est lucide et observateur. Il a donc très souvent un esprit critique trop développé. Il critique facilement, y compris lui-même. Il voit surtout ses défauts et ses incompétences avant de voir ses qualités et ses réussites, ce qui lui donne une image négative de lui : il est nul, ne vaut rien, personne ne l’aime. Il se juge sévèrement, se dévalorise et se persuade qu’il n’est capable de rien de bon.

 

Partant de ce constat, il n'est pas content de ce qu'il est et en conclut que tout le monde le trouve imparfait, donc qu'on ne l'aime pas. Comme il est anxieux et que son affectivité est hypertrophiée, il a encore plus besoin que les autres qu'on l'aime. Il trouve d'ailleurs qu'on ne l'aime pas assez ou a peur qu'on ne l'aime plus. Alors chaque réflexion sur son comportement, chaque constat d'échec de quelque chose qu'il n'a pas assez réussi à ses yeux le renvoient à cette peur de ne pas être aimé.

 

Comme il est hypersensible, il reçoit douloureusement les reproches, les critiques qui lui sont adressés et leur accorde une importance qu’ils n’ont pas. Cela le remet en question et le conforte dans l’idée qu’il n’est pas assez bien.

 

L’école entame également sa confiance en lui. Il comprend et apprend très vite les premières années, il n'est donc pas armé pour se retrouver en difficulté. A l'école, arrive fatalement un jour où le travail devient plus difficile. Les autres élèves savent qu'il faut du temps et des efforts pour apprendre, qu'il faut passer par un temps d'apprentissage où l'on ne comprend pas bien, on recommence, on échoue, on recommence encore puis on finit par y arriver. L'enfant précoce ne le sait pas. Il n'apprend pas, il sait. Le jour où cela devient un tout petit peu plus difficile, il a tendance à paniquer et à se dire qu'il est bête et que c'est trop dur pour lui. Il perd confiance en ses capacités d'apprentissage et globalement perd confiance en lui. Si l’on n’y prend pas garde, cette impression d’être incompétent va se cristalliser et faire de lui un enfant puis un adulte peu sûr de ses compétences, surtout s’il n’a pas connaissance de sa précocité. L'école peut aussi lui renvoyer une image d'enfant différent, pénible, inadapté alors que son comportement était plus ou moins accepté à la maison.

 

Peu sûr de lui, l’enfant précoce a une mauvaise image de lui, il ne supporte donc pas tout ce qui peut lui confirmer qu’il est nul et faible. Quand on pense qu’on n’est pas assez bien, on ne peut pas supporter de ne pas avoir raison, de ne pas choisir, de ne pas gagner lorsqu’on joue à un jeu. Il n'est pas assez fort pour se voir perdre, c'est à dire échouer, être imparfait. Quand on se pense nul, on a besoin de s’opposer et de dominer, afin de se sentir un peu plus fort.

 

Ses parents disent de lui que c’est un enfant difficile et récalcitrant, un enfant qui les épuise. Ils se plaignent de sa façon d’être, de son caractère, de ce qu’il est. Ces plaintes montrent à l’enfant qu’on ne le comprend pas et lui font croire qu’on ne l’aime pas. Parfois même, il a un frère ou une sœur dont les parents se plaignent beaucoup moins. C’est vraiment lui « le vilain petit canard », le raté, le mauvais de la famille.  C’est un cercle vicieux qui, jour après jour, le pousse de plus en plus à imposer ses choix, à refuser de se plier aux demandes de ses parents ou de ses professeurs. Plus on se plaint de lui, plus il se sent incompris et mal-aimé. Plus il se sent mal-aimé et plus il est insupportable. Il faut en avoir conscience : ce n’est pas un mauvais enfant, c’est un enfant peu sûr de lui. Quand on est sûr de soi, de sa valeur et de ses capacités, on n’a pas du tout besoin de pousser le monde à bout.

 

Il faut faire attention à bien préciser lorsqu’on le réprimande, qu'on n'accepte pas son comportement mais que cela ne change rien aux sentiments qu’on lui porte. Par contre, il ne faut pas trop le brosser dans le sens du poil parce que la vie ne lui fera pas de cadeaux. Il doit apprendre à être fort. Pour cela, il faut beaucoup l'encourager, le rassurer sur l'amour qu'on lui porte, sur sa valeur, ses compétences, mais, en même temps l'éduquer, lui donner des règles, c'est à dire des repères qui, eux aussi, sont sécurisants et rassurants.

 

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