L'adulte surdoué

 

Etant essentiellement de nature génétique, la précocité intellectuelle ne passe pas avec l'âge, contrairement à ce que l'on peut entendre de la bouche de personnes (psychologues y compris) mal informées.

 

Un enfant précoce a été un bébé précoce qui montrait déjà des signes à ceux qui auraient été capables de les percevoir : regard très observateur voire perçant dès les premiers jours, précocité des premiers sourires intentionnels et des premiers "areuh", développement psychomoteur rapide...

 

L'enfant précoce devient ensuite un adolescent surdoué, puis un adulte surdoué. Toute sa vie, il sera surdoué, différent, avec son lot de mal être ou de fragilités.

 

Certains adultes sont restés sûrs d'eux, ils ont fait de brillantes études et vont très bien sur tous les plans : professionnel, relationnel, émotionnel... D'autres n'ont pas profité de leur potentiel et n'en gardent que les inconvénients.

 

En effet, être adulte surdoué n'est pas plus facile qu'être enfant surdoué. Nombre d'adultes surdoués souffrent d'un fonctionnement psychologique et émotionnel qui les fait souffrir, les isole et complique leurs relations :

 

* L'anxiété : tout comme l'enfant précoce, l'adulte surdoué manque de sérénité, il est facilement inquiet ou anxieux. Il peut aussi souffrir d'anxiété généralisée, d'angoisses ou de phobies : il a tout le temps peur, s'inquiète pour tout, n'est jamais détendu.

 

* Des questionnements incessants et une pensée en arborescence qui fait passer constamment d'une idée à l'autre, avec pour conséquences des difficultés pour se concentrer et pour s'endormir.

 

* Une hypersensibilité qui peut toucher différents domaines : l'olfaction, l'audition, le toucher, plus rarement le goût et la vue, presque toujours les émotions. L'hypersensibilité peut être envahissante, douloureuse, handicapante. Par exemple, une jeune femme me disait qu'elle ressent des douleurs physiques insupportables lorsqu'elle entend certains sons, l'obligeant à sortir en écoutant de la musique dans un casque, pour atténuer un peu cette souffrance. On imagine difficilement jusqu'où peut aller cette hypersensibilité et à quel point elle peut être insoutenable. Sans compter que ces personnes trop sensibles ne sont pas comprises, mais plutôt considérées comme excessives, anormales ou même folles.

 

* Une fragilité psychologique : comment être fort psychologiquement quand on est trop sensible, trop empathique, trop anxieux ? Sans oublier que les surdoués, adultes comme enfants, sont souvent très critiques, donc rarement satisfaits de ce qu'ils font, de ce qu'ils sont. Et le sentiment fréquent qu'on ne les respecte pas comme il se doit, qu'on ne les aime pas assez, qu'ils ne comptent pas.

 

* Des difficultés relationnelles et sociales parfois : pour s'intégrer, se sentir comme les autres, trouver quoi dire aux gens qu'ils connaissent peu, s'affirmer...

 

* De l'impatience : supporter d'attendre des gens qui comprennent plus lentement et qui font les choses moins vite. Cela pose souvent problème dans les entreprises, lorsqu'ils sont censés travailler en groupe, en réunion, en concertation. Quel ennui pour un surdoué de devoir attendre que les autres aient trouvé une solution qu'il a trouvée rapidement, en essayant de ne pas donner son avis trop vite, pour ne pas paraitre prétentieux et ne pas se faire reprocher d'imposer ses idées...

 

Enormément d'adultes n'ont pas eu la chance d'être diagnostiqués pendant l'enfance ou même après. Ils se sentent différents et sont persuadés d'être bizarres, anormaux, trop fragiles, sans se penser par ailleurs plus intelligents, encore moins surdoués. Dans le pire des cas, ils ont développé des pathologies qui leur ont valu un diagnostic inquiétant :

 

* On leur dit qu'ils sont bipolaires, car le fonctionnement émotionnel d'un surdoué peut ressembler à celui d'une personne bipolaire. N'oublions pas que l'excès est souvent présent en cas de haut potentiel : trop excité et enjoué, puis peu de temps après, dépité, désespéré. Cela peut en effet ressembler au trouble bipolaire, mais c'est juste l'expression d'un fonctionnement émotionnel excessif chez un adulte surdoué qui va mal.

 

* On leur dit qu'ils sont schizophrènes, car ils ont tendance à être davantage observateurs qu'acteurs : au lieu d'être avec les autres, certains surdoués analysent et se tiennent en retrait, comme externes à la situation. Une partie d'eux regarde et l'autre interagit. Cela leur permet d'être très attentifs aux intentions des personnes qui leur parlent ou parlent d'eux. Ils ont tellement besoin de reconnaissance et d'amour qu'ils sont facilement blessés quand ils sentent ou pensent qu'on les critique, d'où une tendance à se sentir méprisés, persécutés. Ca peut ressembler à de la schizophrénie.

 

Lire aussi : La schizophrénie

 

* On leur dit qu'ils sont borderline, états limites : ils partagent avec cette catégorie de personnes l'angoisse de perte, la peur d'être abandonnés ou pas assez aimés. Leur fonctionnement affectif peut faire penser aux états limites.

 

Dans le meilleur des cas, ils ne donnent pas à voir de signes pathologiques, mais on leur reproche d'être trop critiques, jamais contents, trop sensibles, trop impatients, trop instables... Ce n'est pas facile d'être surdoué.

 

Les livres sur les enfants surdoués sont intéressants à lire pour un adulte, car il y a finalement peu de différences entre le fonctionnement émotionnel d'un enfant et d'un adulte surdoués.

 

Il y a toutefois quelques livres sur la précocité de l'adulte, de Cécile Bost et Jeanne Siaud-Facchin. Voir le chapitre Livres

 

Voici un reportage de novembre 2014, sur l'adulte surdoué :

http://www.youtube.com/watch?v=KJPX0uyhT9A&feature=share

 

Un livre pour mieux se comprendre

 

* "Adulte surdoué...Aidez-moi à comprendre" (Echanges autour du haut potentiel - Tome 2) de Claire GRAND, L'Harmattan 2017 :

 

Tome 2

 

Voir ici : http://www.amazon.fr/dp/2343107467/ref=nosim?tag=cg03c-21

 

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