Les enfants précoces sont-ils violents ?

 

Les enfants précoces ne sont pas violents mais peuvent être hyper-réactifs, car dans leur cerveau, les connexions se font rapidement. Leur cerveau fonctionne un peu "comme" en mode réflexe. Attention, je mets des guillemets à "comme". Disons que leur cerveau est tellement vif qu'il "saute" sur la moindre information (d'où l'hypersensibilité). Cela peut aussi occasionner des réactions et mouvements qui ne sont pas suffisamment mesurés. L’enfant peut avoir des réactions violentes quand, par exemple, il se sent agressé : il réagit au quart de tour, pousse très fort celui qui l'embête ou le frappe sans l'intention de faire mal. Il peut avoir des gestes brutaux ou maladroits, car il réagit trop vite donc ne contrôle pas. A force d'avoir ce mode trop réactif et de se sentir différent et incompris, un enfant précoce peut devenir violent mais celui qui sait depuis tout petit qu'il est précoce, qui en parle avec ses parents, qui se sent compris et accepté avec sa différence n'a pas de raison de devenir violent ni méchant. Ce qui rend méchant, c'est le manque d'amour et la tristesse. Beaucoup d'enfants précoces ont le sentiment de ne pas être assez bien et se sentent mal aimés, beaucoup traînent un mal être (surtout quand la précocité n'est pas connue). Ceux-là peuvent devenir violents, mais pas plus que d'autres enfants qui vivraient les mêmes choses sans être précoces. Ceux qui vont bien (eh oui, on peut être précoce et aller bien) n'ont pas de raison d'être méchants.

 

Les enfants précoces ont souvent une mauvaise image d’eux-mêmes, ils se dévalorisent, se disent « nuls », ou « méchants ». Il faut les rassurer sur ce point. Même s'ils sentent parfois de la violence en eux, il faut leur dire qu'ils ne sont pas violents pour autant. Sans doute qu'il leur arrive de ressentir de la colère et de la haine (sentiments qu'ils trouvent violents), quand ils se sentent incompris et victimes d'injustice. Ils supportent mal les frustrations, ce qui peut générer des sentiments violents. Mais il faut bien leur dire que la violence est en chacun de nous, elle est inhérente à l'espèce humaine et que le mal n'est pas de penser mais de passer à l'acte. Etre violent ne consiste pas à avoir envie de taper, à sentir de la colère, mais à ne pas pouvoir s’empêcher de taper.

 

J'ai écrit un texte sur ce sujet pour une classe de CE2-CM1 suite à une intervention que m'avait demandée le maître de la classe après des événements violents entre ses élèves. C’est un texte prévu pour travailler avec des élèves, il est écrit pour des enfants. Les parents peuvent le lire avec leur enfant pour parler de la violence avec lui. Le voici :

 

Texte pour parler de la violence avec les enfants

 

La violence sert à obliger, à dominer, à faire mal ou à tuer.

 

Le mot « violence » vient du mot latin « vis » qui veut dire « force, vigueur ». Il a la même origine que le mot « vie ». La violence est naturelle chez l’être humain. C’est un instinct de survie. Elle a permis aux premiers hommes préhistoriques de rester en vie. Elle leur permettait de se défendre contre les bêtes sauvages et de tuer des animaux pour manger et ne pas mourir de faim. La violence était nécessaire à la vie. Aujourd’hui, ce n’est plus vrai, mais la violence est encore en nous, plus ou moins contrôlée.

 

Ceux qui sont violents le sont pour les mêmes raisons que les hommes préhistoriques : pour se défendre et se protéger d’un danger. Même s’il n’y a pas de danger, ceux qui sont violents se sentent en danger parce qu’ils n’ont pas confiance en eux. Ils se sentent faibles et ont peur d’être attaqués alors ils attaquent pour se sentir plus forts.

 

Quand on se sent en sécurité, quand on est bien dans sa peau, quand on pense qu’on est quelqu’un de bien, quand on se sent aimé, on n’a pas besoin d’être violent.

 

Celui qui a besoin d’être violent a au contraire peu confiance en lui. Il pense qu’il n’est pas assez bien, qu’il ne vaut rien, qu’on ne l’aime pas. Pour se sentir moins nul, il est violent, ça lui donne l’impression d’être plus fort. Rabaisser ou frapper quelqu’un donne l’impression d’être plus fort. Critiquer quelqu’un donne l’impression d’être moins nul.

 

On croit que celui qui frappe est fort mais c’est tout le contraire : celui qui est violent est fragile, il n’est pas sûr de lui, il n’a pas confiance en lui, il pense qu’il est nul, qu’on ne l’aime pas. Peut-être qu’il est malheureux ou qu’il croit qu’il ne compte pas pour ses parents. Peut-être qu’il est battu par ses parents. L’enfant violent n’est pas méchant mais mal dans sa peau. Quand on est mal dans sa peau, on n’arrive pas à penser aux autres. On ne s’intéresse pas à ce qu’ils ressentent.

 

Quand on a besoin de se mettre à plusieurs pour être violent envers un enfant, cela prouve qu’on se sent vraiment faible, au point de ne pas pouvoir être violent tout seul, il faut de l’aide pour se sentir un peu plus fort.

 

 Alors, lorsqu’un enfant est violent, n’oubliez pas qu’il n’est pas plus fort que vous, au contraire, il est faible, il a peur. C’est la peur qui rend violent. Osez vous défendre en disant « Non, tu me laisses tranquille », en allant prévenir un adulte, en criant très fort.

 

Les garçons sont naturellement plus agressifs à cause de la testostérone. C’est une hormone, un petit produit qui envoie des messages dans tout le corps. La testostérone rend plus agressif et rend les muscles plus gros et plus forts. C’est l’hormone qui prépare à se battre. Les hommes préhistoriques avaient besoin de cette hormone pour combattre les animaux sauvages.

 

Les filles sont naturellement moins agressives car à la place de la testostérone, elles ont des hormones qui leur permettent de faire des bébés, de fabriquer du lait et de s’occuper du bébé, le câliner, le bercer. Ce sont des hormones qui rendent tendre et donnent envie de faire des câlins.

 

Nos hormones nous « programment » à être plus ou moins agressifs mais on n’est pas obligé d’être agressif. Il y a aussi beaucoup de garçons tendres et très peu agressifs. Et au contraire des filles agressives. On est libre de décider d’être agressif ou de ne pas l’être.

 

En conclusion, certains enfants ont des raisons d’être agressifs ou violents. Ce n’est pas tout à fait de leur faute s’ils ont trop de testostérone et s’ils ont des problèmes qui les rendent agressifs. Mais ça ne leur donne pas le droit d’être violent et s’ils ne font rien pour être moins violents, ils sont responsables.

 

Il est interdit d’être violent à l’école. Cette interdiction sert à protéger tout le monde. Si c’est interdit de frapper, on peut venir à l’école sans avoir peur d’être frappé, on peut se sentir bien à l’école, on est en sécurité.

 

C’est parfois difficile de se retenir d’être violent quand on est très énervé. Ce n’est pas facile de contrôler ses émotions. Lorsqu’on est en colère, c’est très difficile de se calmer. Quand on voit quelqu’un qui se met en colère, on peut l’aider en lui disant : « Viens, on va se calmer là-bas et tu vas me dire ce qui te met en colère ». C’est beaucoup mieux que de l’aider à se battre. Quand on est trop énervé ou en colère, on doit se défouler. Taper ou casser des choses ne sont pas de bonnes façons de se soulager. Courir, faire du sport, jouer à des jeux de combats sont de meilleurs moyens de se défouler. Mais attention, à force de jouer toujours à des jeux violents, on risque de croire que la violence est normale.

 

Non, la violence n’est pas normale. Elle n’est utile que s’il on est vraiment en danger, quand on se fait attaquer par un chien dans la rue, ou un voyou. On est bien obligé de se défendre. Dans les autres cas, la violence est mauvaise.

 

La violence est une mauvaise idée pour se croire plus fort. La vraie force n’est pas de frapper quelqu’un mais de réussir à se retenir.

 

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