Un enfant précoce doit-il sauter une classe ?

 

Oui et non. C'est comme les antibiotiques, ce n'est pas automatique !

 

La question n'est pas tellement de savoir si l'enfant peut sauter une classe, mais si c'est une bonne chose pour lui. Tous les enfants précoces n'ont pas envie ou besoin d'accélérer le rythme de leur scolarité, y compris avec un potentiel et une avance scolaire importants. Cela peut être parce qu'ils sont peu concentrés, trop peu sûrs d'eux, trop anxieux, qu'ils ne veulent pas quitter leurs amis, se distinguer et paraître différents... C'est vraiment au cas par cas.

 

Lorsque la proposition émane de l'école, c'est simple et justifié la plupart du temps. Si la demande vient de la famille, c'est plus compliqué. Il y a certes des parents qui ont de très bonnes raisons de faire cette demande : leur enfant s'ennuie de plus en plus en classe, s'en plaint régulièrement, a mal au ventre le matin avant de partir à l'école...et l'enseignant ne s'est rendu compte de rien. Mais il y a aussi des familles qui demandent, parfois de façon insistante, un passage anticipé qui n'est pas justifié, pas souhaitable, pas possible. L'enfant n'en a ni les capacités, ni l'envie, ni le besoin. Les enseignants ont tous plus ou moins rencontré ce genre de familles et s'en méfient. C'est pourquoi une demande de passage anticipé est souvent mal accueillie lorsqu'elle provient des parents. Et pourtant, certaines demandes sont justifiées. C'est le cas pour les enfants très discrets, très appliqués, très scolaires, qui ne se font pas remarquer et qui s'ennuient en silence, sans jamais le faire voir à l'enseignant. Les parents ont parfois raison, il faut les écouter.  

 

Afin d'avoir un avis le plus objectif possible, il faut demander un bilan psychologique qui permettra de mettre en lumière les capacités cognitives (raisonnement, attention, mémoire de travail...) et les compétences scolaires de l'enfant, ainsi que sa demande : a-t-il envie ? A-t-il surtout besoin de sauter une classe ?

 

L'école peut faire intervenir le psychologue scolaire. C'est le mieux placé pour évaluer une demande de passage anticipé, car il a un regard expert sur le fonctionnement cognitif et sur les acquisitions scolaires (il a été enseignant lui-même). De plus, il est le collègue des enseignants et ceux-ci font souvent davantage confiance à son avis qu'à un examen réalisé par un psychologue en libéral.

 

Si vous êtes convaincu que votre enfant a réellement besoin d'un passage anticipé et si l'école refuse d'appeler le psychologue scolaire (ce qui ne devrait normalement pas arriver), vous pouvez demander ses coordonnées à l'inspection de circonscription (IEN) et le contacter par vous-même. Si le psychologue scolaire est débordé et ne peut pas intervenir assez rapidement, il vous faudra recourir à un psychologue en libéral.

 

L'école étudiera le compte rendu de l'examen psychologique ou l'avis du psychologue scolaire, mais aussi le besoin de l'enfant. Si l'enfant n'est pas en souffrance, s'il ne montre pas ou ne dit pas clairement que la situation est insupportable pour lui, si le passage anticipé peut être évité, il vaut mieux le laisser continuer sa scolarité au même rythme que les autres. Ce n'est pas forcément facile d'être différent, de se démarquer.

 

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